Décalé

Au boulot, chômette ! Alexandra Tressos-Le Dauphin

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Une couverture aguichante et entraînante voire enjouée, affublée d’une icône d’inspiration croisée “Fantômette” et “Alice”, de quoi donner l’envie de se plonger dans un thème de société dont on devine dès le début le ton volontairement dédramatisant et plein de pep’s.

Les premières lignes nous avertissent : nous ne connaîtrons pas à travers les méandres de ce roman le ton si dramatiquement engluant des “Confessions” de Rousseau. C’est un plus indéniable, cependant un peu de littérature n’est pas déplaisant…

Le journal de bord de Delphine, “à la recherche d’un emploi”, commence… Elle se présente au lecteur, à la fois triviale et sympathique, afin de nous conter un épisode de sa vie que nombreux connaissent, avec hauts et bas, entre découragement et énergie, afin de ne plus être “salie” par la honte du chômage, “avoir un emploi” pour s’insérer dans le moule sociétal avec aisance.

“Une demandeuse d’emploi a décidé de rédiger ses histoires de “non-boulot” sans prise de tête”.

Quelques désespérances d’entretien en entretien, et désillusions de constater le décalage entre (certains) conseillers Pôle emploi et la réalité du marché du travail, tout du moins cette réalité : vous faire retrouver un emploi, non pas vous faire trouver l’emploi qui vous corresponde.

“Aujourd’hui, je suis convoquée avec d’autres demandeurs d’emploi. Nous devons décliner notre identité”… “Mon bilan : six mois de recherches d’emploi infructueuses et un grand ras-le-bol général”.

Cela, pour un décor somme toute banal et des situations vécues par nombre d’entre nous. Avec quelques originalités : une volonté indéniable de ne pas baisser les bras, de fustiger le “Grand monstre Chômage” pour le rendre moins effrayant, et enfin, donner des pistes claires, expérimentées, afin d’aider tous ceux qui se trouvent dans cette situation.

Un roman qui se laisse lire sur un ton léger, à l’ombre du parasol, ou dans le train. L’objectif est atteint.

Pour autant, ce n’est pas ce que j’ai aimé dans ce roman. Peut-être suis-je trop “aigrie” à ce jour pour être sensible à cet humour, ou bien n’étais-je pas assez déprimée à la lecture pour que cela me “remonte le moral”. “Au boulot Chômette” agit comme un verre de limonade, une boisson rafraîchissante, qui va désaltérer le plus grand nombre sans trop éclabousser, mais dont on risque, à la première gorgée, d’en oublier le goût.

L’intérêt, à mon sens, de “Chômette”, n’est pas la lecture de ces péripéties “pole- emploi-esques” même si certaines anecdotes et tentatives de séduction des recruteurs sont réjouissantes.

Le fond est ailleurs. Entre les lignes qui s’enchaînent et s’enchaînent comme si vous discutiez avec l’une de vos amies autour d’un verre, se révèlent quelques pépites, timidement glissées ça-et-là. Les textes de son futur-réel emploi, chroniqueuse, journaliste, web-rédacteur, quel que soit le nom retenu. Et là, le talent d’Alexandra Le Dauphin se révèle. Une écriture fluide, un ton décalé, rafraîchissant, innovant…

“Bienvenue dans le monde merveilleux de la Couche-Culotte & Cie; ne vous y penchez pas trop et surtout communiquez, car dans cet univers parallèle, seul l’échange affectif vous permettra de surmonter les épreuves”.

Comme si l’auteur, d’une timidité compréhensible pour un premier roman, n’osait pas nous révéler qui elle est, préférant passer par quelques faux-semblants et humour parfois un peu potache, afin d’être mieux acceptée.

“L’heure de la révolte a sonné. Bobonne n’est plus, voici Bonnasse, son alter-ego. Elle était cachée depuis dix ans, s’est réveillée et va révolutionner le camping.”

“Au boulot, Chômette”, c’est un peu comme une papillote que nos grands-mères nous offraient en ces périodes de fêtes. Un emballage attrayant, brillant, qui accroche la lumière et donne envie irrésistiblement de l’ouvrir… Puis, un passage obligé par le fameux mot doux (citations, traits d’humour célèbres…) enroulé autour de la pâte de fruits ou du chocolat gourmand…

Certains préfèrent l’emballage, l’autre le papier facétieux, pour ma part, j’ai une inclination irrésistible pour la pâte de fruit !

Chère Alexandra, de mon point de vue, nul besoin d’enrober votre plume de cet emballage léger. Osez trouver votre public, celui à qui vous confiez votre essence littéraire, cette plume que vous dédiez aux autres dans votre entreprise actuelle. Là est votre talent, qui a été reconnu et le sera encore. Nous sommes prêts à aimer votre plume libérée.

Si je me permettais un conseil, laissez tomber la papillote et livrez-nous simplement votre gourmandise, nous l’apprécierons tout autant que l’emballage.

Par Alexandra

Au boulot Chômette ! , Alexandra Tressos-Le Dauphin, Editions La Boite à Pandore, juin 2014, 167 p.

A paraître : « Célibataire ? Faut pas t’en faire »

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