Littérature

La Bartasse – Jean-Pierre BRETON

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“Bartasser”, c’est chercher un chemin dans une végétation touffue… […] En fait, c’est être totalement planté, sans repère […] Tu te fies alors à ton instinct”.

Il est des êtres, rencontrés un instant, qui ont le pouvoir de vous troubler, de bousculer votre âme, simplement en existant. Claire est de ces êtres. Une femme libre, désinvolte, qui semble survoler l’existence, tout en portant en elle un drame dont elle ne souhaite pas faire le deuil. Claire porte en elle sa profondeur, bercée par son histoire, celle d’un chemin, fait pas à pas avec l’homme qu’elle aime, sans concessions, sans limites, sans avoir peur de remettre en question les aspirations d’une société trop centrée sur elle-même.

Claire porte en elle les effluves de cette liberté choisie, et pourtant si lourde à porter, quand elle s’accompagne de la disparition de l’être aimé. Coincée entre vie et mort, entre instants suspendus et présents, elle ne peut inspirer aux autres que cette force réservée, une lumière scintillante et fragile à la fois, propre à s’insinuer aux creux des âmes.

Paul Vairon, peintre renommé, voit sa quiétude profondément bouleversé par sa rencontre fugace avec Claire. Alors qu’il pensait avoir trouvé son équilibre, dans sa petite maison testerine pittoresque, centré sur lui-même, Paul se laisse envahir par ce qu’il imagine être un amour fou, impossible et ravageur…

Sitôt rencontrée, sitôt portée aux nues, Claire se dérobe à Paul en un instant, et s’évanouit vers un futur incertain… C’est le drame d’un homme, inspiré par une Muse insaisissable, qui se sent tellement désemparé qu’il se lance corps et âme dans une quête à la recherche de son Amour, perdu avant même d’avoir été vécu…

Paul Vairon erre, de désillusions en voyages étranges, courant après sa Muse, découvrant le monde, réorientant sa quête vers la destinée de Claire, vers son chemin, revisitant la quête qu’elle-même avait choisie de suivre avec son premier amour, Sam, qui lui fut brutalement arraché. Pourtant, la quête de Claire, de Sam, son grand amour, des personnages semés çà et là sur le chemin de ces derniers dans leur idéal de vérité humaine, n’est pas celle de Paul…

Courant après ces images fugaces, ces instants qui auraient pu être, Paul imagine que les épreuves qu’il traverse le rendront apte à être aimé par cette femme dont il ne connaît finalement que peu de choses, et qu’il découvre peu à peu au gré de ses haltes et de ses rencontres…

Dans son propre cheminement, Claire porte en elle un idéal, Sam disparu, que ces rencontres à travers les époques et les lieux, révèle : “Il faut aimer la vie pour la respecter. Les racistes prônent la mort, les industriels pourris sèment la mort, le peuple inconscient récolte la mort. Et pourtant […], rien n’est plus beau que la vie, rien n’est plus beau qu’un enfant quelque soit sa couleur de peau.”

Paul, dans sa soif de raisons et d’explications, va vivre un quotidien où les tâches de la vie ordinaire sont dures et intenses, là où personne ne le reconnaît. Il va alors s’abandonner à lui-même… “Moi, comme un vieux routard que je n’étais pas, j’attendais que la machine se mette en marche et qu’elle m’emporte, qu’elle me saoule…”.

Le Temps porte désormais en lui un nouvel enjeu, celui d’une longue vie afin de “semer l’amour de l’humanité”. “N’est-ce pas d’amour dont vous avez besoin? […] Un amour qui emplirait votre vie, qui justifierait chacun de vos gestes”. Une incitation à vivre avec soi-même…

“La Bartasse”, ce n’est pas tant la destinée, le chemin d’un homme, qu’un chemin de rencontres et de personnages qui se sont dépouillés de tout carcan social pour, chacun à leur manière, “aimer l’humanité”. Autres pays, autres cultures, qui démontrent leur amour par le labeur, le sacrifice, la désinvolture, l’écriture…

Un récit ponctué d’instants immobiles, présents ou passés, nostalgiques et intemporels… “Je me souviens des hurlements des martinets en mode serrés, des chauve-souris qui nous frôlaient, et des tarentes, ces geckos aux yeux de chat, suspendus à leurs ventouses dactyles […]. La vie était calme et nous observions les étoiles en imaginant des mondes étranges.”

De retour à Arcachon, Paul n’est plus le même homme : il porte en lui une nouvelle vision, faite d’une myriade d’yeux de toutes ces personnes rencontrées, qui vivent chacun à leur manière leur existence, avec un trait commun : un regard aimant sur le monde.

 
Et si c’était cela le sens de l’existence ? Oublier peu à peu ses questions, ses interrogations, ses méandres parfois risibles, pour se tourner vers l’Autre, simplement, sans arrière-pensée, et, tout doucement, se laisser dissiper…

 

« La Bartasse », Jean-Pierre BRETON, A4PM, 2015, 244 pages.

ISBN: 9791090657342

 

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