Science-fiction

Les Chemins de Saba – Philippe SCHNEPF

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« Trois héros suivent leur destin et rejoignent Bilkis la mystérieuse Reine de Saba »…

Les Chemins de Saba retracent trois histoires, trois chemins qui convergent vers un même aboutissement, à la même finalité.

Trois cheminements qui se déroulent au même endroit, à des siècles différents.

Nous évoluons tout d’abord à l’époque de l’empire romain, en -29 avant Jésus Christ, en relatant une partie cachée de l’Histoire, échec pendant la toute puissance romaine. En suivant Sertor, nous découvrons petit à petit les héritiers des Sabéens, les sacrifices auxquels ils sont prêts pour leur ancienne Reine, leur dévouement à travers les générations et les âges…

“En achevant son récit, Syllaeus remplit d’eau un gobelet, le tendit vers le ciel et avant de boire il s’exclama :
– Longue vie à notre reine.
Dans ses yeux brillant une étrange flamme.
– C’est une légende? lança hésitant Sertor.
– C’est notre immortelle déesse, lui répondit Syllaeus.”

Nous nous retrouvons ensuite au XIXème siècle, à suivre les pérégrinations d’un ancien pharmacien devenu voyageur français, fasciné par l’Histoire de la reine de Saba. Cette partie nous permet d’en apprendre davantage sur le Royaume de Saba, qui doit néanmoins rester secret et protégé…

“Bien peu d’Européens étaient parvenus jusqu’à Hodeida, et aucun n’avait approché le royaume de Saba. Mais cet homme [Thomas-Joseph] en venait et voulait y retourner. Il y avait là une opportunité extraordinaire pour faire avancer ses recherches.
– […] Vous savez, votre voyage peut être une avancée extraordinaire pour la science. Toute la civilisation Hymiarites est probablement contenue dans ses écritures.”

Enfin, l’époque contemporaine est le dernier pan du roman, avec un “héros” issu d’une armée privée qui avait fait couler beaucoup d’encre lors de de la guerre en Iran : Blackwater. Là encore, avec le personnage d’Antoine, nous nous retrouvons de nouveau au cœur d’un groupe armé, en mission en Irak.

“Antoine rejoignit Imala qui s’était esquivée à l’extérieur de l’entrepôt. Sa fiche […] mentionnait que cette métisse amérindienne était une des grandes spécialistes des civilisations préislamiques du Moyen-Orient. Bardée de diplômes, […], une annotation insistait sur son foutu caractère très individualiste.
– Alors c’est vous qui commandez à ce tas de testostérone, questionna-t-elle, souriante.
– Le Sergent Dexter est chargé de vous protéger. En cas de danger, obéissez-lui !
– Oui chef, bien chef, hurla-t-elle en se fixant dans un bruyant garde-à-vous d’opérette.
– Arrêtez vos conneries.”

Chacun évolue dans trois tons différents en fonction des périodes, démontrant l’évolution du langage au fil des siècles. Nous avons ainsi la possibilité de nous plonger rapidement dans chaque époque, de nous y adapter, de nous en imprégner pour en comprendre les enjeux.

Telle l’Histoire entrecoupée de moments non écrits et non référencés, la succession des chapitres paraît parfois hachurée.

Le récit nous fait prendre conscience que malgré les époques, les mentalités restent la même : la religion, les croyances, l’image que dégagent certaines cultures incite à la peur, la violence, et même à la haine. On entend souvent que l’Homme évolue avec son époque, Les Chemins de Saba pourrait nous pousser à revoir sérieusement cette considération. L’Homme vit en effet avec son époque, mais sa pensée n’évolue en rien. Si l’on cherchait à connaître l’Autre, si l’on se donnait la peine de chercher à connaître et Le comprendre, les mentalités changeraient, comme nous le fait habilement comprendre la première partie du récit.

L’auteur enlève presque tout sentiment aux trois protagonistes pour que l’on reste neutre, il ne nous fait pas prendre partie, jusqu’à ce que la barbarie humaine nous saute aux yeux, et ce, quelque soit la période historique. Une manière de nous faire réfléchir, où la trame principale, avec la Reine de Saba, nous paraît finalement presque secondaire.

Au-delà de l’attrait pour la violence, au nom de convictions sincères, pour une cause jugée juste, l’Homme ne s’émeut pas du pire.

Et c’est cette question qui ressort à la fermeture du livre : jusqu’où est-on prêt à aller soi-même pour ses croyances, ses certitudes, pour atteindre ses espoirs? A quel point la morale influe nos décisions, nos actions? A quel moment, à partir de quel degré nous prenons l’Autre en compte? Quand prenons-nous en considération ses propres pensées et ses croyances?

 

Camille MARTI

« Les Chemins de Saba », Philippe SCHNEPF, Les Presses du Midi, juin 2015.

ISBN-10: 2812706813
ISBN-13: 978-2812706813

http://www.lescheminsdesaba.fr/

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