Thriller & Huis-clos

5 jours de la vie du Docteur Alexandre D. – Nicole Simon

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En lisant le résumé au dos du livre, plusieurs pensées traversent l’esprit : comment réagirions-nous face à la maladie ? A partir de quand peut-on estimer être dépressif ? Quelles seraient nos actions en nous retrouvant dans la même situation que le narrateur ?

“Vous vivez aujourd’hui dans un tel déni que vous êtes comme tout le monde pris au piège des clichés de la pensée commune. Par exemple, la dépression est la maladie des lâches et des faibles. […] il faut cacher cette tare si on ne veut pas être indécent, vulgaire et la risée de la société.”

“Tout le monde est égal face à elle. La connaissance et l’expérience n’y font rien!”

Le Docteur D. est-il malade? Est-ce la tumeur qui lui fait avoir telle ou telle pensée? Ou bien est-ce la dépression?

Au fur et à mesure des lignes, la question nous taraude, insidieuse. Avec un certain malaise… Comment un docteur pourrait-il être malade, lui qui affronte quotidiennement la maladie, le désarroi, auprès de ses patients…

Situons un peu le contexte : le Docteur D., retrouvé affublé d’un nom de famille imprononçable par un père aux abonnés absents, perd sa mère dès la première page. S’ensuit un fort sentiment de culpabilité, car celle-ci aurait très bien pu être morte depuis plus d’une semaine…

Introspection intérieure de ce brave docteur qui s’en veut de ne pas avoir donné à sa mère au moins autant d’attention qu’elle lui avait accordé lorsqu’il était enfant. Une prise de conscience se fait alors sur son absence auprès d’elle depuis plusieurs années.

Les mois défilent, et des terribles maux de tête ne cessent de l’assaillir. Afin d’en avoir le cœur net, le narrateur se décide à passer un scanner. Un docteur malade est déjà assez ridicule, un docteur dépressif est une aberration…

Les heures s’écoulent dans l’enfer du Docteur, au point que l’impression qu’il perd la tête ne nous quitte pas du début à la fin : confusion dans la durée (des heures deviennent des jours dans son esprit), des fluctuations d’humeur (colère l’instant d’avis puis apaisement très rapide ensuite). Et toujours : est-ce la tumeur ou la dépression qui cause ses réactions?

5 jours passent, 5 jours en émotion intense : tristesse, espoir, colère, abattement, se succèdent sans pause.

Le style plutôt “oral” de l’auteur nous fait tourner les pages sans vraiment nous en rendre compte.

“Assez d’infantilisme ! Assez de pertes comme ça ! Fais comme ci, fais comme ça, comprimés, aiguilles, goutte-à-goutte, pyjama le jour comme la nuit …” “Pourquoi moi, et pas un autre ?”

Le Docteur D. est malade : pas forcément physiquement, mais tout du moins “intérieurement”. Son état mental interfère avec son état physique. Il nie sa déchéance.

Une lecture en filigrane d’un aspect “réel” de la dépression, bien loin des clichés traditionnels. A partir des choses de la vie, hauts et bas comme chacun, des préoccupations assez risibles quand on y pense, voire communes… Cependant, le style littéraire distille peu à peu quelques bribes de sentiments et vous prend au piège sans en avoir l’air.

L’auteur nous propose une approche de l’état dépressif d’une manière très détachée, presque clinique. Il est ainsi possible de ne pas se laisser toucher par le “pathos” du médecin, qui ne nous atteint pas.

A la limite de l’antipathie, le Docteur D. ne provoque pas d’attachement de la part du lecteur, ce qui nous permet de comprendre les différentes étapes de son état sans implication.

Pour autant, Nicole Simon arrive à nous faire partager cet état émotionnel et à comprendre le cheminement plutôt tragique de ce médecin, qui reste un homme confronté aux tourments quotidiens d’une existence somme toute banale.

“Qui sont ces gens qui restent quand vous n’êtes plus rien ?”

« Cinq jours de la vie du docteur Alexandre D… », Nicole SIMON, Editions de l’Onde, Septembre 2015, 110 p.

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